📷© Marc Bélouis.
Mon histoire originale en 6 parties sur la famille Gaspard. Fernand trouvera t-il la femme de sa vie ? Épisode 6.
Dans le bureau du commissaire, l’atmosphère est tendue. Berthe, Fernand et Nikita bien encadrés cette fois-ci, se regardent silencieusement. Les deux derniers se tiennent la main.
– OK les flambignols, fait Luc Besson. J’avoue que vous avez été très audacieux de vous enfuir, mais agissant seuls cela aurait pu mal tourner. Sur le moment, j’ai vraiment cru que vous me l’aviez joué à l’envers, mais vu les résultats rapides de l’enquête et vos explications, les choses sont plus claires désormais.
– Vous nous en voyez ravis, M’sieur l’commissaire. Pour tout dire le malfrat n’avait pas l’air bien malin, tant mieux ! Comme disait ma grand-mère quand elle lisait l’avenir dans l’fond d’son bol de soupe : mieux vaut discuter avec un cochon qui tricote d’travers qu’avec un malfrat… au moins l’cochon, lui, il fait pas semblant d’avoir un cerveau.
– Certes… Madame Gaspard… Mais nous ignorons si il a agit seul, parfois ces affaires sont tentaculaires, vous savez. Toutefois, ce mécréant va dormir ce soir en prison et pour un bon bout de temps, je vous le promets, et c’est bien là l’essentiel. Par contre, j’ai une question un peu personnel. Avec quoi fabriquez-vous votre… Parpaing Gourmand que l’on a trouvé dans votre malle ?
– Ah ben, si vous voulez la version racontée par une vieille paysanne qui connaît son affaire, j’va vous l’dire !
– C’est que…, s’inquiète soudain le commissaire.
– L’ Parpaing Gourmand, où parfois appelé au moyen âge L’ Cogne-Dent, ça s’fait pas avec n’importe quelle farine, hein ! Nous, on prend d’la farine d’blé qu’a poussé dans nos champs où l’vent souffle d’travers et où la terre est tellement dure qu’les taupes, elles font d’mi-tour. Les grains, on les ramasse qu’une fois qu’ils sonnent juste quand tu les fais tomber dans l’auge. Si ça fait « cling », c’est bon ; si ça fait « cloc », c’est qu’c’est pas mûr. Après, on passe ça sous la vieille meule en pierre. Faut tourner doucement, sinon ça chauffe la farine, pis après elle s’vexe et elle veut plus lever. L’eau, surtout, faut pas la verser comme un sauvage ! Tu la mets p’tit à p’tit en tournant toujours dans l’sens des aiguilles… ou dans l’autre, ça dépend de l’humidité de l’air. C’est là qu’ça fait les bons filaments qu’accrochent la pâte ensemble. Pis tu pétris. Pas trop. Pas assez non plus. Quand t’as l’impression d’avoir labouré un hectare avec les mains, c’est qu’t’es pas loin du compte. Après, tu laisses la pâte s’reposer. Les anciens disaient qu’faut qu’elle entende chanter les poules au moins deux fois, sinon elle prend pas son caractère.
Puis la cuisson, c’est tout un art. Tu balances deux bonnes bûches d’chêne, une p’tite de charme dans l’four de 1837 et si à 5 heures du mat’ Gédéfrisson l’coq claque du bec et monte le son quand même avant l’heure, t’ouvres la porte du four un quart d’minute plus tôt. Ça, personne sait pourquoi, mais c’est comme ça. Une fois sorti, faut surtout pas l’manger d’suite ! Tu l’laisses refroidir sur une planche bien solide jusqu’au lendemain. C’est là qu’il prend sa vraie consistance. Normalement, l’dessus au beurre caramel reste tout mou, bien coulant, bien moelleux, tout gentil, mais l’dedans… ah ben l’dedans, c’est aut’ chose ! Si t’arrives à planter ton couteau en laissant l’autre main derrière ton dos, c’est qu’t’as raté l’gâteau ! D’ailleurs, chez nous, on dit qu’un vrai Parpaing Gourmand, si tu l’fais tomber sur l’pied, t’oublies qu’t’avais faim. Pis si t’arrives à l’couper sans casser la table, c’est qu’t’es devenu un vrai tit’choune du pays ! »
– Original, soupire le commissaire, interloqué.
Berthe a les yeux grands ouverts par une lueur intense.

Luc Besson se tourne vers Christian.
– Mais malgré toutes les belles explications de v’ot mère,… pardon, de VO-TRE mère, pourquoi vos gâteaux ont manifestement les caractéristiques d’une composition d’explosifs ?
– C’est curieux, vous êtes le premier à nous dire ça, hein m’am ? Personne ne s’est plaint jusqu’à maintenant. J’en ai aucune idée… Comme on dit chez nous pour l’vendre au marché de Lacornaque : L’Parpaing Gourmand, l’seul gâteau qui s’transmet de génération en génération… sans s’émietter ! C’est tout.
– Bien dit mon fils ! J’vous l’dit M’sieur l’commissaire, laissez tomber les gâteaux ordinaires. Passez au Parpaing Gourmand ! J’vous en donnerai pour vot’ commissariat…
– Mais… Mais… Ils étaient destinés à qui ces gâteaux, se désespère Luc Besson.
– À ma future ouaf.
– Qu…quoi ?
Berthe vient au secours de son fils.
– N’entrons pas dans les détails, M’sieur l’commissaire, passons à aut’chose de plus romantique, passe que mon Fernand a, comme qui dirait, trouver l’femme de sa vie, M’sieur l’commissaire, en la personne de Nikita ici présente, annonce t-elle fièrement. Bon, va falloir que j’envoie un mail à Margaret Brown de « Farmer Wants a Wife » pour la prévenir que Fernand ne participera pas à son émission.
Fernand et Nikita se regardent amoureusement. Elle avait prévenu ses parents à Moscou que son retour était différé à cause de grèves des aiguilleurs du ciel français. Un mensonge, peut-être, mais crédible en cette période agitée sur le plan social en France et qu’ils n’iront pas vérifier.
– Vous avez de la chance Madame que votre… futur époux nous ait fourni les preuves de votre innocence, souligne Luc Besson. Nous savions depuis un moment que le présumé coupable allait essayer de faire passer de la drogue par un voyageur lambda, certes en petites quantités pour commencer, dans le but de tester son stratagème. Sans votre…ami, vous vous seriez retrouvée dans de sales draps.
– Moi, pas tout comprendre vous, moi finir dans draps sales avec ami ?
– Mais non ma chérie ! Mes draps, pas toujours ! Des fois j’dors sur d’la paille, ça pique un peu les fesses, mais ça tient bien chaud, tu verras…
– Vous voyez commissaire, mon fils ne chôme jamais…
Épilogue
Le lendemain, dans la ferme des Gaspard, c’est l’effervescence. Un déjeuner improvisé est organisé à la va-vite pour fêter le retour express de Berthe, Fernand et…Nikita. Beaucoup de monde se retrouve à la ferme « Au bout du bout », sans compter le nouveau garde champêtre, Firmin Brindavoine, et certains habitants des villages voisins. Les Gaspard sont passés dans tous les journaux télévisés du samedi soir et présentés comme des héros pour avoir fait arrêter un trafiquant de drogue à l’aéroport d’Orly. Autour des tablées, tout le monde est joyeux et rigole. Tout à coup, quelqu’un lance à destination de Fernand : un discours, un discours, qui est repris en cœur par toute l’assistance. Sous la pression des invités, Fernand finit par se lever.
– C’est pas évident… Bon… Merci à tous d’être venus si nombreux, je ne savais pas qu’j’avais autant d’amis, commence t-il en regardant sa mère. Je tenais à remercier particulièrement un ou une inconnue qui est peut-être ici. Cette personne m’a inscrite en secret à la version américaine de l’émission de « l’Amour est dans le pré » sur M6, « Farmer Wants a Wife » en Californie, pour trouver l’amour. Et bien je l’ai trouvé finalement à l’ADP Orly, c’est moins loin et sans décalage horaire ! Je vous présente ma…peut-être… ma future femme, Nikita, ici présente avec qui j’ai déjà bien progressé en langues vivantes, spécialement en anglais.
Tout le monde crie et se met à applaudir en criant, un bisou, un bisou ! Nikita n’entend pas un appel sur son smartphone qui indique qu’un certain Fox Clever-12 cherche à la joindre… Tout heureux, Fernand prend la main de la jeune femme qui se lève. Il s’approche maladroitement et finissent par s’embrasser amoureusement. C’est le délire dans l’assemblée ! Gégé fait tinter sa fourchette sur son verre.
– Et comme tout doit finir indubitablement par une chanson, nous allons fêter l’amour tous ensemble avec la chorale et la fanfare de Lacornaque !
Dans une voix de ténor que Berthe et Fernand ne lui connaissait pas et dans un anglais parfait, Gégé se lance…
FIN
Générique de fin – Here come the sun – Seiji’s Bridge
© Texte de Marc Bélouis / Humanvibes le 06/08/2026
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Marc / Humanvibes

