📷© Marc Bélouis.
Mon histoire originale en 6 parties sur la famille Gaspard. Fernand trouvera t-il la femme de sa vie ? Épisode 3.
Deux heures trente plus tard, Gégé s’arrête au dépose-minute du terminal 4 de l’aéroport d’Orly.
– Bon, c’est t’y qu’on est arrivé, indubitablement.
– C’est bien mon Gégé, merci, pour la peine tu passeras à la ferme à not’ retour, j’te donnerais une vieille prune. Fernand, tu peux décharger la valise.
Gégé ouvre les portes arrières de la bétaillère avec Fernand à ses côtés qui s’aperçoit qu’il y a une malle, tandis que Berthe s’engouffre dans le terminal.
– Dis-moi, y’a pas de bagagistes ici ?
– Si.
– Ah, tant mieux. Ils sont où ?
– C’est toi. Indubitablement !
Au terminal 4, c’est l’effervescence. Les voyageurs se pressent aux bornes bleues d’enregistrement Print & Tag. Une voix féminine annonce régulièrement l’ouverture des salles d’embarquement. Au loin, on devine Berthe et Fernand qui se frayent un chemin parmi les touristes.
– Magne-toi Fernand ! Fais attention autour de toi, t’es pas tout seul ! Et arrête avec tes photos à prendre tout et n’importe quoi !
– C’est pour garder un souvenir de not’ voyage, c’est pas évident d’ne pas bouger.
Fernand pousse tant bien que mal un chariot avec la malle dessus. Il parvient à éviter de justesse une personne sur un fauteuil roulant électrique guidé par un ami, debout derrière sur une plateforme. Berthe arrive devant le panneau d’information des vols.
– Bon, notre avion est bien à l’heure, j’ai déjà fait l’enregistrement sur l’ordinateur, y’ a plus qu’à attendre.
Un personnel au sol s’approche d’elle en gyropode, un papier à la main.
– Excuse me, you are Nikita ?
– Moi, Nikita ? Sorry, I’m french.
– Ah, très bien, j’ai trouvé une carte d’embarquement pour Moscou au nom de Nikita, j’ai pensé que cela pouvait être vous, fit-il avec l’accent de l’Est.
– Désolée jeune homme, primo je n’ai pas l’honneur et l’avantage de m’appeler Nikita. Deuxio, moi et mon fils, partons aux states, à Los Angeles plus précisément.
– OK, merci, bon voyage alors, fait-il en repartant, guidon penché en avant.

Fernand arrive essoufflé.
– C’est pas mal c’te machin. Il voulait quoi ?
– Rien, c’était une erreur. On va s’poser là en attendant d’passer la douane. On va en profiter pour améliorer ton anglais vu qu’on fait une escale à Londres, et vu qu’avec ta fermière, vous risquez comme qui dirait d’avoir des problèmes de communication chez les Ricains. J’te dis une phrase en anglais, et toi, tu traduis.
– Ah bon ! Aï donte mine. Tu vois, j’me débrouille bien !
– Sit here, ordonne Berthe en montrant du doigt un siège.
– Six tires avec qui, répond Fernand.
– Pffff…
– J’recommence à avoir très mal au ventre, avoue Fernand en se tenant le ventre.
– Ça se dit I’ve had a terrible stomachache.
– Havad a terrine de tomates vaches.
– Non, mais tu l’fais exprès ! Répète après moi. I’ve had a terrible stomachache.
– J’vais repété, c’est sûr ! Faut qu’j’aille aux toilettes, j’en peux plus…
On entend plusieurs flatulences. Fernand n’arrive pas à se retenir.
– Tu vois, j’tais pas menti ! lance t-il désespéré à sa mère.
Fernand se précipite en recherche de toilettes en bousculant des personnes au passage. Berthe se lance à sa poursuite avec le chariot, mais perd sa trace. Elle fait plusieurs toilettes et entre dans la dernière. Elle s’arrête et hume l’air comme un animal.
– Il doit être là l’gamin, se parlant à elle-même. Fernand ? Fernand ? Mais qu’est-ce que tu fiches ?
Berthe oreille collée à la porte des toilettes attend un signe de son fils. À côté d’elle, son chariot avec la malle.
– Gnnnn…, lance Christian.
– Mais abruti ! Tu sais que t’es dans les toilettes des femmes ?
-Gnnnn…
– T’as perdu ta langue ? Non mais j’te jure.
Fernand avait paré au plus pressé pour se soulager sans se soucier de la catégorie des toilettes.
– Mais j’tavais dit de ne pas avaler tout cru le pain fourré au riz et à la pomme de terre de Marcel avant d’prendre l’avion. Son truc sert aussi à colmater les fissures dans les murs…
– Oh la la, j’suis bloqué, j’ai dérouillé toute la nuit ! Faudrait que j’mange des prunes pour déboucher tout ça.
– Des prunes ? Tu vas en prendre une si tu sors pas tout de suite ! J’avais bien vu c’matin ta tête dans l’carosse de Gégé. Dans c’cas là, tu sais c’que j’dit. Une constipation, c’est comme essayer d’gonfler un ballon avec un grille‑pain : tu résistes, tu sais pas pourquoi tu t’acharnes, mais t’as l’impression que ça va finir par exploser quelque part. » Magne-toi, autrement on va louper l’avion pour Los Angeles.
– Gnnnn…
En se retournant, Berthe voit une file d’attente qui s’accumule. Des remarques commencent à fuser.
– Désolée, c’est l’gamin qui fait pas encore bien la distinction entre les hommes et les femmes sur les pictogrammes. En plus, il est bloqué…j’vous fais pas un dessin, hein ! Quand la tripaille s’invite dans la fanfare, la grosse caisse va pas tarder à faire baoumm ! fit-elle en ouvrant grand les bras.
Au même moment du côté de Fernand.
– Gnnnn ! Ahhhhhhhhhhhhhhhhhh !!!!!!
À suivre…
© Texte de Marc Bélouis / Humanvibes le 16/07/2026
Marc / Humanvibes

