Fernand Gaspard est en quête du coup de foudre (1/6)

Fernand Gaspard est en quête du coup de foudre (1/6)

📷© Marc Bélouis.

Mon histoire originale en 6 parties sur la famille Gaspard. Fernand trouvera t-il la femme de sa vie ? Épisode 1.

Générique – Lucio Battisti – Maledetto Gatto (Brody Edit)

Aéroport d’Orly -Terminal 4 – Toilettes pour femmes – 9 heures

Fernand ? Fernand ? Mais qu’est-ce que tu fiches ?

Berthe oreille collée à la porte des toilettes attend un signe de son fils. À côté d’elle, son chariot avec la malle.

– Gnnnn…, lance Christian.

– Mais abruti ! Tu sais que t’es dans les toilettes des femmes ?

-Gnnnn…

– T’as perdu ta langue ? Non mais j’te jure.

Fernand avait paré au plus pressé pour se soulager sans se soucier de la catégorie des toilettes.

– Mais j’tavais dit de ne pas avaler tout cru le pain fourré au riz et à la pomme de terre de Marcel avant d’prendre l’avion. Son truc sert aussi à colmater les fissures dans les murs…

– Oh la la, j’suis bloqué, j’ai dérouillé toute la nuit ! Faudrait que j’mange des prunes pour déboucher tout ça.

– Des prunes ? Tu vas en prendre une si tu sors pas tout de suite ! J’avais bien vu c’matin ta tête dans l’carosse de Gégé. Dans c’cas là, tu sais c’que j’dit. Une constipation, c’est comme essayer d’gonfler un ballon avec un grille‑pain : tu sais pas pourquoi tu t’acharnes, mais t’as l’impression que ça va finir par exploser quelque part. » Magne-toi, autrement on va louper l’avion pour Los Angeles.

– Gnnnn…

En se retournant, Berthe voit une file d’attente qui s’accumule. Des remarques commencent à fuser.

– Désolée, c’est l’gamin qui fait pas encore bien la distinction entre les hommes et les femmes sur les pictogrammes. En plus, il est bloqué…j’vous fais pas un dessin, hein ! Quand la tripaille s’invite dans la fanfare, la grosse caisse va pas tarder à faire baoumm ! fit-elle en ouvrant grand les bras.

Au même moment du côté de Fernand.

– Gnnnn ! Ahhhhhhhhhhhhhhhhhh !!!!!!

Deux jours plus tôt, 1706 rue de la Marrade dans la cour de la ferme familiale « Au bout du bout » des Gaspard à Lacornaque – 11 heures…

– Fernand ! T’as du courrier ! lance Berthe.

Le fils à peine réveillé, sort de sa chambre en baillant.

– Oh la la, j’ai fait un rêve merveilleux, je rencontrais un ange aux yeux bleus qui s’approchait de moi, mais à 5 heures du mat Gédéfrisson l’coq s’est mis à brailler et mon histoire s’est stoppée nette, c’est ballot.

– Oh la ! Tu sens encore l’étable, toi.

– Qui c’est qui peut bien m’écrire ?

– T’a raison nigaud, ça fait bien 10 ans que tu reçois plus d’courrier, c’est moi qui gère toute ta paperasse à ta place, autrement j’t’explique pas l’bazar avec l’administration, déjà qu’c’est pas clair…

– C’est problématique l’administration, c’est sûr.

– Bon c’est curieux, ça vient des États-Unis. De Los Angeles pour être précise. T’a fait l’andouille sur Internet, et il réclame la note ? Qu’est-ce t’a fichu non de non ? Ça va nous coûter un bras, c’histoire !

– Mais non ! Ça fait belle lurette que j’touche plus à un ordinateur, alors…

– Bon j’ouvre… C’est écrit en anglais, bien sûr, faut que j’my remette.

Berthe se met à lire rapidement.

– Dear….nanana, we are very happy to nananana, that’s why we are invited, three episodes, nananna. Congratulations. Et ben mon cochon ! Tu vas passer à la télé aux États-Unis pour participer à l’émission « Farmer wants a wife » dans une semaine.

– Farmer ? Mylène Farmer ?

– Mais non imbécile ! J’te traduis : fermier veut une femme. C’est la version américaine de « L’amour est dans le pré » qu’on appelle en raccourci ADP. J’voulais que tu t’inscrives à l’émission française, mais timide comme un tatou, t’a jamais voulu écrire à Karine Lemarchand. Y’ a quelqu’un dans notre entourage qu’a dû envoyer ta candidature là-bas à la productrice de l’émission, Madame Margaret Brown, c’est certain.

– Et alors, j’avais pas envie qu’on m’voit à la télé, qu’on m’reconnaisse dans l’village et qu’on s’moque de moi.

– Primo, à Lacornaque, c’est pas encore les Champs-Élysées un 14 juillet. Deuxio, tu dois connaître cinq personnes dans l’coin, tout au plus, qui se fichent pas mal d’voir ta tête à la télé. Par contre, à Los Angeles, j’te rassure, tu s’ras l’homme invisible, crois-moi.

– C’est pas certain, j’suis français, j’te rappelle, et la France à l’étranger, c’est pas rien !

– Molo l’ascticot. Tu crois qu’tu s’ras nommé ambassadeur touristique de la France ? Tourista peut-être, mais si ça devait arriver, j’veux bien montrer mes fesses à M’sieur l’maire.

– Gilbert, il les a déjà vues, ça compte pas.

– Dis donc ! Respecte M’sieur l’maire si tu veux bien. Il avait les yeux fermés, ça compte pas.

– Alors, qu’il les garde fermés, ce sera mieux pour lui !

© Marc Bélouis – Humanvibes (2026)

Berthe va pour donner un coup de canne à Fernand.

– Aïe, aïe !

– Mais j’tais pas encore toucher ! Première sommation, deuxième sous presse.

– Et d’ailleurs, comment ça s’fait qu’ tu comprends quèque chose à l’anglais ? interroge Fernand.

– C’est en rapport avec mon voyage linguistique à Liverpool quand j’avais 20 ans. On avait une vielle cousine germaine là-bas.

– Ah ! Elle s’appelait Germaine, pourquoi pas.

– Mais non grand couillon ! Isadora, qu’elle s’appelait.

– Isadora, pourquoi pas…

– Elle m’a hébergée tout l’été 63. J’ai connu un pt’tit gars sympa au White Star Pub qui s’appelait Paul qui grattouillait gentiment sa guitare avec ses trois copains. Il ne me lâchait plus l’coquin, et va savoir pourquoi il m’appelait toujours Michelle, ma belle, il avait pas tort l’môme vu comment j’étais carénée à l’époque. Une vraie bombe ! Par contre, quand j’lui faisais voir du pays entre quatre z’yeux, on l’entendait crier Berthe, mama mia ! Bref, nous avons pris lui et moi comme qui dirait des cours accélérés d’langues vivantes. Ça l’a aider pour la suite… Depuis tout c’temps, il m’envoie une gentille carte régulièrement pour la nouvelle année où il me détaille ses projets à venir ! Il m’arrive d’lui donner 2-3 conseils, pour la route.

– Ah d’accord ! Bon… C’est vrai que j’connais personne à L’os Mange La Laisse ! C’est pourquoi faire déjà ?

– Trouver une femme, andouille. Une femme, ça se dit wife en anglais.

– Ouaff, ouaff ! Ça y est, j’parle anglais !

– C’est ça…Tu m’en diras tant. J’sens qu’il vont te renvoyer illico presto les Ricains, un coup de pied aux fesses, parce qu’avec mèche blonde à la barre, ça rigole plus. Allez, c’est entendu on met les voiles dans deux jours, ils me donnent l’droit de t’accompagner, c’est gentil de leur part. Tiens ? Va m’chercher l’carte des États-Unis dans l’tiroir sous l’vaisselier.

Fernand s’exécute, revient et tente de la déployer mais n’y arrive pas.

– C’est problématique à déplier c’truc.

– Donne-moi ça !

Berthe la lui arrache des mains et consulte la carte en marmonnant.

– Par là… En passant là… Tiens, et San Francisco, t’en penses quoi ?

– Y aller sans Francisco, j’men tape, j’sais pas qui c’est.

… Berthe regarde atterrée son fils.

– Tu prends déjà la confiance on dirait ! J’sens qu’on va bien se rigoler. Va falloir que j’te surveille comme le lait sur le feu ! J’sais pas de qui tu tiens, mais y’a du avoir une grève soudaine de tes neurones à la naissance, ça peu pas être autrement. Bon, j’vais réserver les billets d’avion, faut pas perdre d’temps.

À suivre…

© Texte de Marc Bélouis / Humanvibes le 02/07/2026

Marc / Humanvibes

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