📷© Gaëtan Bloom.
En tant que comédien et inventeur d’effets spéciaux pour le cinéma, Gaëtan Bloom allie créativité et technique avec brio. Célébré à l’échelle mondiale, humoriste, professeur d’illusion, homme de scène et reconnu pour des seconds rôles cinématographiques mémorables. Son nom, entre autres, est étroitement lié au trophée de la créativité décerné tous les deux ans sous l’égide du Cercle magique de Paris témoignant de sa grande notoriété. Cette récompense – racontée en deux parties dans les colonnes de Humanvibes – a été décerné le 1er mars dernier à Yann Frisch. Sur Humanvibes, interview d’un magicien exceptionnel !
Lorsque vous faites votre premier tour de magie en public, quelle a été sa réaction ?
GAËTAN BLOOM – Si l’on parle de cette première fois, c’était évidemment de les épater !
J’ai tout de suite compris que cela faisait rire.
Quelles sont les trois conditions pour qu’un tour de magie produise l’effet waouh ?
Souvent, tout bon effet fonctionne en trois temps. Exposition, questionnement, résolution. Un exemple avec la carte à jouer qui devient une montre. On présente la carte, on passe la main devant, et bingo, elle devient une montre… whaou ! Même si l’effet est un peu facile. Autre exemple : on présente deux élastiques bien séparés dans chaque main, on les entrelace, on tire dessus, on relâche… Ils sont entrelacés instantanément, pause… et on donne aussitôt à les examiner… Double effet whaou ! Un, quand ils s’entrelacent à vue, deux, quand on les donne au public. Mais quand je fais mon numéro de La salade, avec deux spectateurs impliqués, la méthode est différente.
Ce fameux numéro de La salade que j’ai eu la chance de voir a toujours un fort retentissement…
C’est une mini pièce de théâtre qui dure bien 15 minutes où je brouille les pistes. Allez, je raconte la scène à vos lecteurs comme s’ils étaient au spectacle : je suis en compagnie de deux spectateurs pris au hasard sur scène … Une dame va sélectionner une carte et en garder un coin déchiré… L’autre spectateur va choisir un fruit, parmi trois… un kiwi, une orange, et un gros pamplemousse… C’est toute une comédie à mettre en place, qui progresse comme on monte une mayonnaise à la main ! On va prendre, par exemple le pamplemousse, comme destination finale… La dame garde le coin de la carte qu’elle a finit de déchirer et le reste de cette dernière est aussi déchiquetée en petits morceaux, jetés dans un carton qui sert de poubelle… Il faut que la carte se retrouve « rapiécée » dans le pamplemousse… Ce serait un vrai miracle ! Vous allez voir…
… Alors que l’on peut penser que vous allez mettre discrètement des cartes dans chaque fruit à un moment précis !
Que nenni ! [Rires.] J’en profite à cet instant pour donner à l’un des spectateurs sur scène une « machine à ne rien faire ». Il s’agit d’une manivelle à tourner sans cesse sur un support en bois. Le spectateur a les mains occupées avec cet étrange objet, toujours dans l’objectif que le public s’attende à quelque chose à chaque instant. Puis je repasse aux fruits. Un à un, je les coupe en morceaux avec un couteau, puis carrément avec un hachoir ! Ça gicle un peu ! [Rires.] On arrive au final avec le pamplemousse, mais dedans, pas de carte ! Juste le fruit haché menu et jeté aussi dans le carton poubelle. J’annonce : « Vous pensez que je vous raconte des salades ? » Mais non, c’est ma dernière surprise et je sors du carton une belle salade, enrubannée comme cadeau… et dans la salade, qu’est-ce qu’on va trouver ? Le public crie : « La carte ! ». Mais non ! Dans la salade, c’est de la salade, et je la hache frénétiquement avec les morceaux jetés dans le carton… Je les mélange, puis UN DEUX TROIS, je la lance, et la salade retombe, entière, dans ma main, et le carton est vide ! C’est alors un long whaou qui dure plus d’une minute, avec les révélations finales…

C’est là qu’intervient le clou du spectacle !
Absolument ! Dans le pamplemousse, finalement pas de carte, dans l’orange, toujours pas de carte et dans le kiwi… La carte pliée, mais entière, dont le bout déchiré de la dame se rattache parfaitement…
Donc, ce quadruple effet whaou en forme de poupées russes entraine automatiquement une totale incompréhension des spectateurs !
Oui ! L’instant où le cerveau de celui qui le vit lui dit NON ! Ce n’est pas possible, ce que tu vois… [Rires.] Dans ce numéro, qui m’a permis de faire le tour du monde, Il n’y a qu’un effet magique, après dix minutes de gags pour en arriver là, mais c’est un vrai moment whaou vécu par le public et c’est juste le bonheur !
Vous avez reçu le prix de la créativité en 2022 décerné par le Cercle magique de Paris, récompense qui est depuis associée à votre nom. Peut-on vous considérer comme le Géo Trouvetou français de la magie ?
C’est très gentil, et cette récompense m’a beaucoup touché. Alors oui, Géo Trouvetou, j’aime bien ce surnom mais je ne suis pas tout seul à être considéré de la sorte et on sait souvent se reconnaître. Lubor Fiedler était génial, Georges Sands aussi, Braco en Allemagne, Borosko en Suisse, Flip aux Pays-Bas mais que je n’ai pas eu la chance de rencontrer, Ton Onosaka, et mon héros Winston Freer, que je connais par cœur sans l’avoir
jamais rencontré, également, Mathieu Bich, évidemment. Ils sont tous un peu farfelus, je les adore… Je m’aperçois que plus je vieillis, plus j’en rencontre dans mes déplacements et c’est un vrai bonheur. En France, bien entendu, avec mon cher Llorens et mon très bon pote Alain Demoyencourt. Il y a aussi des jeunes, comme Arthur Chavaudret et d’autres en Espagne, comme Juan Colas, Julio Montoro. Je pense aussi en inventeur acharné, mon si cher Kevin James, Adrian Soler… Ce serait top de faire un Club des Géos, c’est certain !! [Rires.]
À suivre…
Propos recueillis le 31/03/2026
Marc Bélouis / Humanvibes le 02/06/2026
Et pour aller plus loin :
Gaëtan Bloom, un artiste qui refuse de mener une vie banale et qui savoure chaque moment avec intensité.
Marc / Humanvibes

