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Interview d'Anne Martinetti : Sur les traces d’Agatha Christie

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MB(2019) - Anne Martinetti

 

Anne Martinetti, bonjour. Si vous étiez devant Hercule Poirot, comment vous présenteriez vous ?

Je suis une femme qui fait fonctionner ses petites cellules grises ! (Rires.) Je lui dirais également que j’ai beaucoup d’admiration pour lui parce que c’est un personnage qui a réussi à ne pas prendre une ride pendant plus de 150 ans, c’est une prouesse, même pour un personnage de papier ! Et j’ajouterais que je suis une très grande admiratrice d’Agatha Christie, ayant lu ses aventures au moins une dizaine de fois chacune.

Et que vous aurait répondu Hercule Poirot d’après vous ?

Je ne peux pas le savoir, mais si je lui faisais des compliments, je pense qu’il apprécierait !

Alors, comment devient-on une spécialiste d’Agatha Christie ?

J’ai découvert Agatha Christie quand j’étais encore au collège, grâce à une amie qui m’avait offert un de ses livres pour mes 11 ans. Après avoir lu ses fictions, je me suis passionnée pour cette auteure qui a eu une vie incroyable, complètement aventureuse, et j’ai cherché à retrouver des traces d’elle à travers ses livres, sa création, et ses voyages à travers le monde. 

Et comment s’appelait ce livre que vous avez reçu en cadeau ?

Un cadavre dans la bibliothèque…et je l’ai toujours avec la dédicace de mon amie !

C’est une relique !

Pas encore, je ne suis pas si vieille que ça ! (Rires.)

J’ai apprécié votre ouvrage À la poursuite d’Agatha Christie aux éditions Hugo & Cie qui est très bien documenté, vous y faites régulièrement allusion aux livres en lien avec les lieux que la romancière a côtoyés, ou à des évènements qu’elle a vécus, tant et si bien que l’on a qu’une envie, se jeter sur tous ses romans !

Merci beaucoup, c’était le but ! J’ai constaté au cours de mes conférences sur l’univers d’Agatha Christie que le public était peut-être vieillissant, ce que d’ailleurs m’a confirmé la famille de la romancière rencontrée à Torquay et à Londres, et j’aime bien l’idée de transmettre aux nouvelles générations une passion qui peut-être tout à fait contagieuse auprès d’un jeune public à travers les aventures qu’a vécues Agatha Christie.

J’ai appris que les chaînes du groupe Canal + ;  Ciné +, Frisson, et Polar+,  ont accepté votre projet de faire l’ultime documentaire sur Agatha Christie, produit par Otago Productions, dans le cadre d’une nouvelle collection intitulée "Le crime en héritage". Qu’en est-il  exactement ?

Le documentaire est en post-production , nous l’avons quasiment terminé. Le thème aura pour sujet " Agatha Christie crève l’écran" et il sera question des adaptations cinématographiques de ses œuvres à l’occasion du dernier en date  sorti au cinéma Le crime de l’Orient-Express produit, réalisé et interprété  par Kenneth Branagh en 2017.  

On annonce deux biopics sur Agatha Christie. L’un avec Alicia Vikander, Oscar du meilleur second rôle pour The Danish Girl  en 2016, qui devrait s’intituler Agatha Christie sur la jeunesse de l’écrivaine et qui présenterait une Agatha Christie féministe, et l’autre avec  Emma Stone appelé Agatha qui reviendrait sur les 11 jours durant lesquels la romancière en 1926 avait mystérieusement disparu. Ce très curieux épisode de sa vie a d’ailleurs déjà été traité plusieurs fois, comme Agatha de Michael Apted, sorti en 1979, avec Vanessa Redgrave, Timothy Dalton et Dustin Hoffman.  Je parie que vous auriez adoré joué le rôle de la romancière !

Ah non, je n’aurais pas voulu jouer son rôle, mais écrire le scénario des films et participer aux tournages, bien sûr ! Tous les romans d’Agatha Christie sont cinématographiques, et sa vie est un grand roman à lui tout seul.

Vous avez un avis sur sa disparition durant ces fameux 11 jours en décembre 1926 ?

Alors oui, j’ai un avis qui rejoint celui de plusieurs de ses biographes, à savoir qu’elle a voulu se venger de l’infidélité de son mari. Avec l’aide de son amie Nan Watts, elles ont concocté une disparition très réussie, car pendant 11 jours toute l’Angleterre a cherché Agatha Christie.

Et de plus elle n’a jamais, jusqu’à sa mort, donné réellement le fin mot de l’histoire, même dans son autobiographie…

Tout à fait, elle a complètement passé sous silence cette disparition. Lorsqu’on l’a retrouvée, si elle admettait que c’était un coup monté, la famille aurait dû rembourser tous les frais engagés pour sa recherche, ce qui représentait une grosse somme. Imaginez que plusieurs milliers de personnes se sont mobilisées, ce qui était énorme à l’époque. Par contre un fait qui restera toujours secret et qui est tout à fait respectable à mon avis d’un point de vue familial, pour ses descendants et son entourage, est qu’il a été préféré la version officielle selon laquelle elle aurait fait une dépression nerveuse et souhaité s’enfuir. Peut-être qu’au départ c’était bien le cas et que les choses ont évolué par la suite. Je ne pense pas une seconde qu’elle ait perdu la mémoire comme cela a pu être dit, mais allez savoir…

Rosalind Hicks, fille d’Agatha Christie, a pour sauvegarder le patrimoine littéraire de sa mère, fondé en 1993 Agatha Christie Limited, dont elle fût la présidente jusqu'à sa mort le 28 octobre 2004. Elle n’a jamais eu des velléités pour reprendre le flambeau de la romancière  en écrivant des romans policiers ?

Rosalind était une très jolie femme qui a voulu être mannequin quand elle était jeune, elle n’a pas fait de grandes études et à l’inverse de sa mère elle n’a pas souhaité particulièrement vivre de manière indépendante. Je pense qu’elle a vécu très confortablement avec les royalties de droits d’auteure que sa mère avait commencé au bout d’un certain temps à distribuer. Elle n’a pas du tout montré d’envies  littéraires,  en tout cas il n’en a jamais été question dans l’autobiographie d’Agatha Christie.

D’après vous, qu’aurait fait Agatha Christie  avec Internet ?

Hmmm… Des tas de choses ! Je pense qu’elle se serait documentée de manière très empirique sur toutes ses intrigues. Elle a toujours montré qu’elle était moderne et "adaptable" toute sa vie, ce qui l’amène à écrire des romans qui se déroulent dans les pays où elle a voyagé comme la Jordanie, la Syrie, ou l’Egypte par exemple. Elle aurait certainement maîtrisé ce nouvel outil, et elle aurait peut-être créé des histoires qui se seraient  passées  sur  Internet…

À votre avis, existe t-il encore des choses à découvrir sur "La reine du crime" ?

Oui, énormément. J’ai écris 6 livres sur elle et sur son travail d’écrivain, et à chaque fois, je relis les œuvres d’un point de vue différent comme celui gastronomique, scénaristique, ou touristique et je trouve toujours des choses nouvelles sur sa manière de penser, et sur ses personnages. Vous parliez de l’actrice Alicia Vikander, je pense que c’est une jeune femme qui a dû lire les livres d’Agatha Christie en s’appropriant les personnages de femmes qui sont très indépendantes, drôles, insolentes.  Je pense qu’il y a encore énormément de choses à faire et à dire autour de la romancière.

Les jardins ont une grande importance dans sa littérature policière, Agatha Christie était-elle  plus "rat des champs" que "rat des villes" ?

Non, elle était les deux. Elle explique dans son autobiographie que lorsqu’elle est à la campagne, elle fait de nombreux pique-niques, de grandes promenades sur la lande… Et quand elle est en ville, elle va au théâtre, à l’opéra, elle profite de tout ce qui est urbain. De manière assez équilibrée, elle a vécu en ville et à la campagne sans que cela ne lui pose de problèmes. À partir des années 30, elle a partagé sa vie entre sa propriété de Greenway dont elle avait fait l’acquisition (dans le comté de Devon en Angleterre, qui est devenue un musée sur Agatha Christie, NDLR), avec celle de Londres et son autre vie aventureuse en accompagnant son second mari Max Mallowan dans ses voyages au Moyen-Orient. Donc elle pouvait passer facilement d’un certain confort  aux camionnettes surchauffées sur les pistes de Jordanie !

Mais il y a plus de romans qui se passent dans des lieux en bord de mer ou à la campagne, qu’en ville, non ?

Pas du tout. Poirot est la plupart du temps à Londres, c’est pourquoi il y a plus de romans dans cette ville, même s’il a voyagé un peu.

Vous le disiez, vous vous êtes aussi intéressée à tout ce qui touchait à la gastronomie dans ses romans, mais également au très grand réalisateur Alfred Hitchcock par exemple…

Oui, je me suis fait un peu une spécialité  de "cuisiner" les artistes, et cela vient du fait que j’aime beaucoup cuisiner ! Et puis, je m’en aperçois maintenant à travers mes 25 ouvrages, que les livres qui ont plus tendance à me plaire sont ceux qui sont ancrés dans la vie, et donc on y parle forcément de cuisine !

Puisque l’on parle de cuisine, qu’elle est votre anecdote la plus "croustillante" sur Agatha Christie ?

J’aime beaucoup, et je l’ai réinventé dans mon livre Crèmes & Châtiments, le gâteau au chocolat qui s’appelle "La Mort exquise" qui pour moi regroupe un certain nombre de problématiques de l’époque. Il mutualise celle, sociologique, qui existait à la fin de la guerre comme  la difficulté à se procurer des ingrédients d’une part et de qualité d’autre part  comme le beurre, le chocolat, les œufs etc. Il mutualise celle, criminelle, car il va servir à l’arme du crime (dans Un meurtre sera commis le…roman policier avec Miss Marple paru en en France en 1951,NDLR), il mutualise celle, sociale, car c’est un gâteau qui va être confectionné pour un anniversaire où de nombreuses personnes vont être présentes, et enfin il mutualise celle de la gourmandise, puisqu’Agatha Christie était une personne qui adorait  manger. C’est à mon avis ce qui fait de ce dessert un gâteau extraordinaire !

Pour être nommée "La Reine du crime" de son vivant, il faut aussi avoir en soi une prédisposition pour la construction de récits  policiers ?

Je pense que pour avoir ce titre de "reine du crime", il faut avoir une capacité de travail que l’on n’imagine pas du tout ! Lorsqu’elle divorce d’Archibald Christie en 1928, elle se retrouve dans une situation financière très difficile, et puisqu’elle avait connu un petit succès aves ses 3 premiers romans elle se dit que ce sera la manière de gagner sa vie. Elle se met à sa table de travail avec sa machine à écrire, alors qu’elle n’a pas trop la tête à cela ne s’étant pas encore remise de sa séparation, il faut donc qu’elle remette de l’ordre dans sa vie. Et c’est à ce moment là qu’elle est devenue ce qu’elle appelle un "écrivain professionnel". Qu’elle ait envie ou non, qu’elle soit triste ou joyeuse, tous les matins elle se devait d’écrire. Elle a sorti quasiment chaque année 1 à 2 livres pendant plus de 40 ans,  en tapant  à la machine 200.000 à 300.000 signes à chaque roman,  c’est quand même une prouesse !

Le meurtre de Roger Ackroyd (1926) est une performance narrative qui est digne d’une manipulation du lecteur comme le ferait un magicien en close up, en est la preuve ?

Absolument, ce roman est un geste d’insolence d’Agatha Christie puisque dans les règles littéraires de l’époque, le narrateur ne doit jamais être le criminel. Or elle a utilisé une 2ème fois ce procédé bien plus tard (en 1968, NDLR) avec le livre qui s’intitule La nuit qui ne finit pas…

Ah je l’ignorais !

Cela prouve encore une fois qu’elle s’est affranchie d’un point de vue narratif, comme elle s’est affranchie de beaucoup de règles sociales - tout en disant qu’elle les respectait toutes, comme le divorce, le remariage avec un homme plus jeune, ou l’achat et la conduite d’une automobile en 1925…

Il y avait chez elle un peu de Marie-Antoinette dans le style !

Oui peut-être, bien que je ne sois pas une spécialiste de Marie-Antoinette, mais elle voulait s’accomplir par elle-même et ce n’était pas évident pour une femme à son époque.

Quel était son rapport avec la France ?

Elle a un rapport très affectif ! C’est d’abord en France qu’elle voyage à l’âge de 7 ans avec ses parents pour la première fois en allant à Pau dans les Pyrénées (un voyage de 6 mois entre 1897 et 1898, NDLR). Le Cercle anglais de Pau commémore toujours son passage dans la ville car il y avait beaucoup d’Anglais à l’époque. Plus tard elle a appris à nager à Dinard et elle passera 2 ans à Paris pour étudier dans des institutions pour jeunes filles, elle adorait le gâteau Paris-Brest de la très célèbre pâtisserie parisienne, aujourd’hui Angelina (Maison créée en 1903  par le confiseur autrichien Rumpelmeyer, NDLR), elle parlait français, sans oublier la très bonne relation amicale qu’elle a entretenue avec l’éditeur Albert Pigasse qui sera le premier à la publier à l’étranger (dans la collection Le Masque en 1927 pour le roman Le meurtre de Roger Ackroyd, NDLR ), et c’est en France que ses romans se vendaient le mieux après les pays anglo-saxons.

Et pour finir, une question à laquelle vous auriez aimé répondre, et que je ne vous ai pas posée ?

Par exemple…Aurais-je aimé rencontrer Agatha Christie ? Oui passionnément bien sûr, mais je pense que c’était une personne très réservée et discrète et que je sais probablement plus de choses sur elle en ayant lu ses livres - car par définition un écrivain aime écrire parce qu’il n’aime pas beaucoup parler, et je la connais mieux par ses textes que j’en aurais appris en la rencontrant.

En tout cas, moi aussi j’en aurais encore appris sur Agatha Christie en vous écoutant ! Anne Martinetti, merci.

Merci à vous.

 

Propos recueillis le 07/02/19 au salon de thé restaurant  boutique Rose Thé, 104 Av.Ledru Rollin 75011 Paris

 

Dédicace d'Anne Martinetti pour Humanvibes dans son ouvrage À la poursuite d’Agatha Christie aux éditions Hugo & Cie

        

 

Et pour aller plus loin :

Lien vers l'interview du tac au Tac d'Anne Martinetti sur Humanvibes

http://www.humanvibes.com/content/interview-du-tac-au-tac-d-anne-martinetti?ck=

Le blog d'Anne Martinetti

http://www.cuisineinsolite.com/

Site des éditions Hugo & Cie

http://www.hugoetcie.fr/livres/a-la-poursuite-dagatha-christie/

 

Cela vous dirait de visiter la propriété de Greenway d'Agatha Christie ?

Agatha Christie à Greenway House - Visites privées(2017) - France 2 - Youtube

 

Retrouvez Anne Martinetti (à la 45ème minute) sur France-Inter après avoir écouté l'excellente pièce radiophonique Le Christmas Pudding d’Hercule Poirot adapté de la nouvelle Christmas Pudding(1960) d’Agatha Christie

https://www.franceinter.fr/emissions/autant-en-emporte-l-histoire/autant-en-emporte-l-histoire-24-decembre-2017

 

Marc / Humanvibes

Publié le 05/03/19

 

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