📷© Cyril Coppini.
Cyril Coppini est un artiste français spécialisé dans le Rakugo, l’art de « la parole qui a une chute ». Son passage en 2025 sur M6 dans l’émission « Zone interdite » consacrée au Japon, a été une formidable opportunité pour faire connaitre son art. Mais qu’est-ce qui l’a conduit à se tourner vers cette forme de spectacle littéraire japonais humoristique qui remonte à la période d’Edo, vers 1630 ?
Q1 – Quelle était votre ambition à votre arrivée au Japon en 1997 ?
CYRIL COPPINI – Devenir bilingue, la langue japonaise m’a toujours fasciné. J’ai commencé le japonais au lycée, dans ma ville natale de Nice, j’avais 15 ans, et je suis tombé dedans. J’ai ensuite fait des études poussées à l’INALCO (Institut des Langues et Civilisations Orientales, NDLR) à Paris. Avant d’arriver au Japon en 1997, j’avais déjà passé une année au milieu des années 90 dans une université à Matsumoto, dans le département de Nagano car j’avais bénéficié d’une bourse d’études. En quittant la ville, je n’avais qu’une idée en tête : retourner au Japon. C’est pour faire mon service militaire en tant que Coopérant du Service National, de nos jours on parle de Volontariat International – que je suis retourné au Japon en 1997. J’ai rempli mes obligations en travaillant à l’Institut français du Kyushu à Fukuoka et je suis resté dans le réseau culturel français, c’est à dire Institut et Ambassade pendant plus de 20 ans à Fukuoka et à Tokyo. J’ai quitté mes fonctions en 2021 pour me mettre à mon compte. Depuis, je me consacre à la traduction de manga et au Rakugo.
Q2 – Pourquoi vous êtes-vous particulièrement intéressé au Rakugo, appelé l’art de « la parole qui a une chute » ?
La crise de la quarantaine ! [Rires.] Quand cette période de ma vie est arrivée, j’ai songé à reprendre les études universitaires que j’avais laissées en plan à l’époque, dans l’idée de m’améliorer dans l’apprentissage du japonais. Finalement je me suis tourné vers le Rakugo, pensant que ce serait une façon plus sympa et agréable pour arriver à mes fins. En un mot, le Rakugo s’est vite imposé comme une extension, une continuité de l’apprentissage de la langue. Tout ce que je fais et que j’ai fait a toujours été en lien avec l’amour de la langue.

Q3 – Que ressentez-vous d’être le seul Français à pratiquer cet art, en langue japonaise, anglaise et française au Japon ?
Beaucoup de fierté. Qui n’en ressentirait pas ? Même si je ne suis pas officiellement considéré au Japon comme un professionnel, parmi mes pairs.
Q4 – Peut-on vous considérer comme « ceinture noire » de Rakugo ?
Non. Quand on m’appelle « Maître », je précise que je ne suis encore qu’un « Centi-maître » ! Pour être considéré comme professionnel par les autres maîtres, il faut suivre une formation très stricte, avec des grades. Il n’y a pas d’école de Rakugo, comme des écoles de théâtre, par exemple, où l’on va payer pour suivre des cours hebdomadaires. Il faut devenir disciple d’un maître, entrer à son service et gravir les échelons, ce qui représente entre 15 et 20 ans d’engagement. Je n’ai pas suivi cette formation, j’aurais peut-être pu si je m’étais investi plus jeune [Rires.] J’ai eu cependant beaucoup de chance en faisant de bonnes rencontres, notamment avec celles des maîtres qui me soutiennent.
Q5 – Vous souvenez-vous de votre première scène et de l’accueil que vous avez reçu ?
C’était en octobre 2011 et l’accueil avait été épatant car il n’y avait que des amis dans la salle [Rires.] Mais j’étais plus que mauvais ! Ceci dit, il faut bien se lancer à un moment ou à un autre…

Q6 – Que retenez-vous de votre passage début 2025 à l’émission « Zone interdite » sur M6 ?
La proposition est arrivée soudainement et le tournage s’est fait tout aussi soudainement, entre fin décembre 2024 et mi-janvier 2025, pour une diffusion en février 2025, et une rediffusion l’été dernier. L’équipe était très pro – en plus d’être sympa – et tout a été très fluide. J’étais bien sûr content de savoir que j’allais passer dans une émission de grande écoute, d’autant que le document dans son ensemble était vraiment bien fait, avec des sujets pertinents mais je n’imaginais pas l’impact que ça allait avoir : des gens viennent à mes spectacles encore maintenant, car ils m’ont vu à la télé, alors que c’était il y a plus de 6 mois, pendant 12 minutes ! Le pouvoir de l’image est terrifiant ! [Rires.]
Q7- Quels sont vos projets ?
Il y en a plusieurs dans les tuyaux mais celui qui est prêt – en post-production plutôt – c’est un court-métrage filmé dans la ville de Hasselt en Belgique flamande. Il s’agit d’un montage d’images hyper stylisées en noir et blanc entrecoupées d’une longue interview et de commentaires des spectateurs, avec une histoire que je raconte en fond, en guise de fil rouge, qui termine par une chute, qui est la définition même du Rakugo – « Go » la parole « Raku » qui a une chute. C’est moitié documentaire, moitié fiction mais délicieusement étonnant par son universalité ! Ce sera en anglais, mais il y aura deux versions sous-titrées, une en japonais et une autre en français qui sera diffusée à partir de l’été 2026. Chronologiquement plus proche, une tournée est prévue de fin janvier à début mars 2026 dont le 31 janvier au Musée Guimet à Paris et le lundi 2 février pour les scolaires, le 1e février à Poitiers, le 21 février au Musée des arts asiatiques de Nice. Toutes les dates ne sont pas encore calées mais disponibles au fur et à mesure qu’elles le seront sur mon site.
Propos recueillis par Marc Bélouis le 01/11/2025 / Humanvibes le 06/01/2026
Et pour aller plus loin :
La page Facebook de Cyril Coppini
Chut, le rideau se lève sur Cyril Coppini seul en scène en 2022, qui va vous permettre de découvrir l’art du Rakugo.
Découvrir le Japon dans un numéro d’Echapées Belles de 2019 en compagnie d’Ismaël Khelifa.
Marc / Humanvibes

