Au cimetière du Père-Lachaise, les fans fêtent Jim Morrison

Au cimetière du Père-Lachaise, les fans fêtent Jim Morrison

📷© Marc Bélouis (2020).

Célébration de mes 5 ans de ma certification de journaliste sur Humanvibes, obtenue à la fin de ma formation « Devenir journaliste », promotion Pierre Haski 2020-2021 au CFPJ, anciennement au 35 rue du Louvre dans le 2e arrondissement de Paris. Diffusion à titre exceptionnel de mon reportage/exercise, noté par la formatrice et journaliste Valérie Parlan. Il s’agissait en décembre 2020 de tirer au sort un sujet (le cimetière du Père-Lachaise), trouver un angle et de se se mettre pour la première fois rapidement dans la peau d’un journaliste reporter. J’avais en tête une idée d’investiguer sur les tombes de personnalités qui côtoyaient celles de personnes lambda. Or, nous étions ce jour-là le 8 décembre 2020. En arrière toute ! Je tenais là un sujet en or !

Avec l’aimable autorisation du CFPJ (groupe Skolae Formation), désormais situé au 18-24 rue Tiphaine dans le 15e arrondissement de Paris, ainsi que celles du célèbre historien français des Beatles, Jacques Volcouve (podcast Beatles’Secrets avec Philippe Gault) et Paul Bauer, guide à la retraite. La marbrerie funéraire, 31 rue du repos, de Christelle Groleau n’est plus en activité.

Marc Bélouis – Les petits papiers /

12 décembre 2020

Au cimetière du Père-Lachaise dans le XXe arrondissement de Paris, chaque 8 décembre les fans du chanteur Jim Morrison célèbrent l’anniversaire de leur idole, né en 1943. La rock-star, symbole de la jeunesse contestataire, peut compter sur des admirateurs irréductibles. La sépulture devient un lieu de communion et de partage l’espace d’une journée émouvante.

Dès la sortie du métro Père-Lachaise, la tombe et la photo du leader des Doors surgissent sur une pancarte jaunie placardée au pied du kiosque à journaux. « Ce n’est plus pareil depuis les attentats du Bataclan de 2015 et la pandémie, regrette Youssef, le gérant. Les étrangers ne viennent plus, et je ne vends qu’une carte postale par mois et encore ».

Chemin de Lesseps. 16ème division du cimetière. Des barrières de sécurité apparaissent. Elles ont été disposées il y a une vingtaine d’années pour éviter les recueillements bien arrosés en l’honneur de Jim Morrison, dont l’addiction pour les paradis artificiels était aussi connue que son talent pour le rock.

« Par rapport à la pandémie, je pense que Jim aurait incité à la rébellion »

Manon, 20 ans

La sépulture du chanteur est bâtie en granit. Une épaisse bordure encadre un rectangle de terre surmonté d’une petite stèle, enserrée entre d’imposants monuments mortuaires. Des bouquets de fleurs l’égayent. A leurs côtés, un portrait sur fond blanc de l’artiste dessiné au crayon. « Tout à l’heure une jeune fille de treize ans l’a déposé furtivement », raconte Michelle, assise sur un tabouret. La retraitée est venue se recueillir toute la journée.

Les fans campent devant les barrières à une quinzaine de mètres de leur idole. Que l’on soit Ukrainien, Américain, Italien, Français, Portugais, ici on communie avec la même langue. Celle de Jim Morrison. Manon, 20 ans, est venue accompagnée de sa mère à qui elle a transmis le virus du groupe de rock et de son chanteur charismatique. Ses cheveux blonds sagement attachés, tranche avec l’image sulfureuse du rocker. La musique et les paroles du groupe américain transcendent les fans au-delà de ce que l’on peut imaginer. Morrison en un mot ?  « Sacré ! » répond-elle sans hésiter. Et de poursuivre d’une voix posée. « Par rapport à la pandémie, je pense que Jim aurait incité à la rébellion, qu’il aurait dénoncé le conformisme dans lequel la société semble se complaire, et surtout il aurait défendu la liberté à tout prix. «  Sa mère derrière son masque acquiesce.

Une veillée pleine d’émotions

La soixantaine, Pascal fait office de vétéran dans ce petit rassemblement. Il appuie ses coudes sur la barrière bariolée d’autocollants hétéroclites en guise de graffitis. Il enlève son masque comme on retire son chapeau en signe de respect. Il fixe la tombe. Les croassements de corbeaux l’accompagnent dans sa méditation. Soudain, un bruit rauque et grave monte entre les sépultures. Ce n’est que le moteur souffreteux d’une fourgonnette de policiers qui effectue sa ronde sur les pavés de l’allée.

A leur départ, un homme franchit soudain les barrières. Dans ses mains, un portrait de l’artiste qu’il compte placer sur la tombe. Dans la poche gauche et rebondie de son manteau, une bouteille de vodka, sortie en un éclair pour trinquer devant Jim. Il dépose son offrande. Pas vu pas pris. Un jeune homme a moins de chance. Il est attrapé en flagrant délit derrière le tombeau. Une employée de sécurité surgit. « Monsieur, s’il y a des barrières, c’est pour une bonne raison !», s’emporte-t-elle. Sans doute mouchardé par le lampadaire voisin, le seul d’un cimetière de 45 hectares et abri probable d’une discrète caméra. Le fan s’en sortira par une remontrance. Dernière scène d’une fin d’après-midi avant la clôture des portes, à 17h30, au soleil couchant.

Le matin après la fête

Le lendemain, le ciel est gris au-dessus de Jim et l’effervescence de la veille est retombée sur le lieu le plus visité de l’enceinte. Vraiment ? Un des guides du cimetière, Paul Bauer, conteste l’idée. « C’est la tombe d’Édith Piaf qui est la plus visitée, aussi bien par les Français et les étrangers ! » Pour replonger dans la popularité du chanteur, il faut s’adresser à la marbrerie funéraire tenue par la même famille depuis quatre générations. Non loin de là, au 31 rue du repos. Christelle Groleau, la gérante, y réceptionne même le courrier d’un fan club du chanteur.

Dans l’établissement, se retrouvent pêle-mêle des tee-shirts, des cartes postales célébrant la rock-star. « L’été, je sors d’autres objets pour les touristes étrangers, confesse-t-elle. Des casquettes, des briquets, des posters, des badges, une reproduction du buste de Morrison qui trônait sur sa tombe et qui aurait été volée dans les années 8O. Mais avec le Covid, je ne suis certaine de rien pour l’été à venir », conclut Christelle. Des marques d’adoration qui laissent de marbre Jacques Volcouve, venu commémorer ce jour-là un souvenir personnel devant la fameuse tombe, sans lien avec Jim. Lui, les Doors, ce n’est pas sa passion. Son groupe, ce sont les Beatles. « Je me méfie des fans et de leurs excès. N’oublions pas que c’est un fan qui a tué John Lennon à New-York. » C’était aussi un 8 décembre. En 1980.

La fête est finie. Le lendemain, seul le lampadaire reste le témoin H24 du lieu. © MB

Sur la surface vitrée du lampadaire gauche, au-dessus du tag noir, une anfractuosité. Une caméra ? © MB

Dernier coup de projecteur le 8 décembre 2020 sur la tombe de Jim Morrison. © MB

Marc Bélouis / © CFPJ – 12/12/2020

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Marc / Humanvibes

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