Mon « avis novélisé » intitulé Révolution à Blackwood Castle sur le roman À l’ombre de Winnicott de Ludovic Manchette et Christian Niemiec paru aux éditions Le Cherche Midi et Pocket.
« Générique » /Musique de Ingigong – Beatles Go Baroque02. Lady Madonna (Peter Breiner)
Edward J. Spencer, la quarantaine, se tenait droit fier comme Artaban avec son épouse Gladys sur le perron du château. Aujourd’hui était un jour important. Ils s’apprêtaient à accueillir pour la première fois une dizaine de visiteurs. Cela permettrait d’engranger un petit revenu non négligeable par les temps qui couraient et de (re)mettre enfin à l’honneur le nom de la famille qui avait par le passé œuvré pour la couronne royale au temps de George V, mais dont l’action avait fini aux oubliettes de l’histoire. Ah ! Si seulement le nom Spencer avait eu un lien, même le plus minuscule qui soit, avec celui de Lady Diana, les choses auraient été différentes ! C’est pourquoi il fallait dorénavant se montrer créatif.
Leur décision d’ouvrir l’édifice au public ouvrait un nouveau chapitre. Gladys l’avait dissuadé au départ de se lancer, mais au final elle avait très rapidement fini par se ranger de son côté. Il faut dire que l’élément déclencheur avait été le roman À l’ombre de Winnicott de Ludovic Manchette et Christian Niemiec aux éditions Le Cherche Midi et Pocket, qu’elle avait reçu en cadeau. Elle l’avait dévoré durant l’absence de son mari fin décembre pendant son voyage de trois jours à Paris. Le dîner qui avait suivi à son retour fut savoureux au propre comme au figuré. Gladys s’en souvenait comme si c’était hier. Le mercredi 1er janvier 2026 pour être exact.
Presque. J’avais entre les mains le livre offert par Cathy pour Noël, vous savez À l’ombre de Winnicott. Je l’ai a-do-ré !
Gladys
À côté de la salle à manger, le son discret d’une fanfare se faisait entendre. Le titre All You Need Is Love des Beatles issu d’un disque vinyle, tournait sur la platine du salon de musique, que Rupert, le majordome, avait lancé à la demande de Gladys.
– Cela n’a pas été trop long ma chérie, qu’avez-vous fait durant ces trois jours ? questionna le châtelain en dégustant un potage aux légumes dont s’échappaient des arômes exquis. Mrs Pierce, la cuisinière, avait encore fait des miracles. Elle débutait bien l’année.
– Et bien mon cher ami, j’ai lu.
– Ah ! Jour et nuit ?
– Presque. J’avais entre les mains le livre offert par Cathy pour Noël, vous savez À l’ombre de Winnicott. Je l’ai a-do-ré !
– Tant mieux, je le lirai avec grand plaisir, répondit Edward.
– Une fois que Cathy l’aura fini, alors.
– Mmm…
– Soyez indulgent envers elle, s’empressa de dire Gladys.
– Je le suis ! C’est au potage que je pensais, délicieux, comme d’habitude. Et de quoi parle-t-il ce remarquable roman qui vous a fait oublier de répondre à mes trois SMS ?
Gladys ne releva pas la remarque.
– Je ne voudrais pas trop en dire, de peur de vous gâcher le plaisir de la lecture au coin du feu. Disons que… j’y ai vu une analogie gothique avec Blackwood Castle, mais pas seulement.
– Gothique ? Que diable ! Encore vos idées saugrenues ! Des histoires de fantômes, de revenants qui viennent de je ne sais où. Blackwood s’y prête comme tous les châteaux ou les vieux manoirs, je suppose, certes, mais la raison contrebalance vos balivernes.
– Mes balivernes ? Des chuchotements étranges dans les chambres inoccupées, des bruits de pas dans les escaliers, les meubles qui craquent comme des plaintes, des fenêtres qui s’ouvrent sans raison, des horloges récalcitrantes, des lustres qui cliquettent brusquement, sans compter les bois noirs qui…
Edward l’interrompit, tout en se tamponnant la bouche avec sa serviette.
– Mmm. Mais ça fait des lustres – satisfait de son bon mot – que je vous dis que dans un vieux château de cette taille, il est normal que les murs « travaillent » naturellement, d’où des bruits intempestifs. Les bois ? Les chênes noirs sont tellement collés aux uns aux autres que la lumière a du mal à y pénétrer, cette spécificité originale que tous les botanistes du Royaume-Uni nous envient a donné son nom au château. Rien de neuf sous le soleil, en somme, fit-il dans un large sourire. Bon, revenons au roman, est-ce tout ?
– Non… Dans ce roman écrit à quatre mains, il y a aussi une dimension d’une grande humanité et de tendresse en rapport avec un jeune garçon aveugle qui m’ont bouleversée. Il me console avec ce que les humains peuvent parfois avoir de meilleur en eux.
– C’est un roman, ma chère, une fiction, je vous le rappelle. L’actualité est malheureusement aux antipodes de ces bons sentiments.
– Oui, mais qu’est-ce que cela fait du bien ! L’humour transpire parfois pour apporter de la légèreté au récit. C’est comme si je m’étais transportée en 1934 dans ce lieu fascinant et que j’assistais aux scènes du livre. Et à cette époque, l’actualité mondiale était également loin d’être florissante, non ?
– Vous, une sorte de spectre par procuration littéraire en quelque sorte, c’est ça ? s’esclaffa Edward. Mais juste ciel, vous n’avez pas encore passé l’arme à gauche !
– Riez, si ça vous chante !
– Bon, mais sérieusement, Blackwood Castle n’est pas le manoir hanté de Disneyland, Dieu merci ! En prononçant ces mots, une idée lumineuse lui traversa brusquement l’esprit. Et si l’on mettait en place des visites du château ? Et si l’on montait en épingles habilement ces histoires de fantômes ? Ce serait assurément une source de curiosité qui ferait parler dans toute la région, et pourquoi pas à l’international, voyons grand, bon sang ! Oscar Wilde ne disait-il pas : « Une seule chose au monde est pire que de savoir qu’on parle de vous : c’est de savoir qu’on ne parle pas de vous. » Cela va être la Révolution à Blackwood !
… et il seront tout à fait enclin à m’écouter.
Edward
– Edward, j’ai l’impression que vous mijotez quelque chose… j’espère que ce n’est pas encore votre idée absurde d’ouvrir le château aux visiteurs ?
– Si… d’ailleurs je pense à…
– Non ! lança Gladys. Elle n’écoutait plus son mari. Pourtant, en prononçant ce mot, une idée lumineuse lui traversa soudainement l’esprit. Et si au contraire elle devenait par ce biais la Lucille et Viviane de À l’ombre de Winnicott ? Une Lucviane, en quelque sorte, une fusion des deux femmes ! Quelque part, ces personnages de fiction lui seraient d’une aide précieuse. Elle aurait toute liberté de transmettre ses émotions auprès des visiteurs, de se sentir vivante et utile à son prochain. Elle ferait du château de Blackwood un refuge émotionnel empli d’amour, quand bien même ils s’y passeraient d’étranges évènements, n’en déplaise à Edward, curieusement similaires au roman qu’elle se sentait capable d’affronter. Et pourquoi ne pas proposer un tea time dans les cuisines avec des douceurs maison préparées par Mrs Pierce ? Donner des concerts de toutes sortes au kiosque à musique ? Elle finit par s’applaudir mentalement.
– Je fais allusion à l’office de tourisme du Sussex, renchérit-t-il.
– Très bonne idée, mon cher ami. Je me disais en ce cas que…
Le chef de famille se perdit dans ses pensées en échafaudant des plans qui lui semblaient parfaits. Il contactera un ami qui travaille dans une société d’effets spéciaux pour le cinéma. Des effets, les visiteurs vont en avoir pour leur argent, pensa t-il. N’y avait t-il pas une citation qui disait : « Un effet ça va, deux effets… » Non, ce n’était pas ça. « Un effet ça… » Bon, tant pis, cela lui reviendra. Il finit par sauter de joie mentalement.
– … Quand pensez-vous ?
– … Heu… C’est une bonne idée, assurément, fit son mari pour sauver les apparences.
– Alors, c’est entendu, lançons ce beau projet de visites sans plus tarder ! fit Gladys joyeusement, j’en parlerai demain aux enfants.
Dans le vestibule, le tableau monumental du château datant du XVIIIe siècle, semblait avoir pris une teinte plus lumineuse qu’à l’accoutumée…
« Générique » /Music for brass – All You need Is Love – The Beatles
« Toute ressemblance avec des faits et des personnages existants ou ayant existé serait purement fortuite et ne pourrait être que le fruit d’une pure coïncidence ».
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Alors, vibrez, résonnez, partagez, changez !
Bonne lecture !
Marc